Le Charles Babin, baliseur des Ponts et chaussées

Vous souvenez-vous de cette silhouette ? Le Charles Babin
Baliseur des Ponts et chaussées, le Charles Babin, anciennement, Pierre Durepaire, du nom de l’ingénieur qui a organisé le dragage de la Loire pour l’évasion du cuirassé Jean Bart en 1940, a été construit aux Ateliers et Chantiers bretons de la Loire à Nantes en 1949. Sa coque en tôle rivetée ressemble à celle d’un voilier (notamment celle du Belem construit dans le même chantier), avec la même stabilité.
Navire emblématique pour les nazairiens, il a croisé, par tous les temps, le long des côtes sud bretonnes, a servi entre les Sables d’Olonne et Lorient et sur l’estuaire de la Loire. Entre l’Île-d’Yeu et Houat, il a veillé à l’entretien et au remplacement de bouées.

Lorsque le temps devenait trop mauvais, que les bateaux ne pouvaient les atteindre, il a assuré la relève des phares du Grand Charpentier, du Four, de la Banche et du Pilier.
Construction, mission et zone d’action
Le Charles Babin est un baliseur océanique des Phares et Balises. Il a été lancé sous le nom initial de Pierre Durepaire. Ce navire a été conçu pour l’entretien et le positionnement des aides à la navigation (bouées, balises, phares) en mer et dans les estuaires. Il est l’unique survivant d’une flotte de six baliseurs jumeaux.

Affecté principalement à la façade atlantique française, le Charles Babin assurait la maintenance du balisage maritime entre Les Sables-d’Olonne et Lorient, ainsi que dans l’estuaire de la Loire. Son rôle était essentiel à la sécurité de la navigation : pose et relevage de bouées et balises, maintenance des équipements de signalisation et assistance technique sur les côtes et en mer.
Caractéristiques techniques



Baliseur océanique, d’une longueur de 54 m, d’une largeur de 9,75 m et d’un tirant d’eau de 3,1 m. Il était propulsé par deux moteurs diesel Sulzer 6TH29 de 600 cv chacun, pouvant atteindre une vitesse d’environ 11,5 à 12 nœuds. Il disposait de deux grues: « le gros croc » de 14 tonnes et » le petit croc »-de 6 tonnes. Il emportait un équipage d’environ 15 personnes.
Renommage et carrière prolongée
En 1976, le navire est rebaptisé Charles Babin, en hommage à un marin disparu en service. Pendant près de 64 ans, il reste en activité, ce qui en faisait l’un des plus anciens baliseurs français encore en service à son époque.
Fin de service et désarmement
En 2013, il est remplacé par un baliseur plus moderne, l’Atlantique. Le Charles Babin est alors désarmé, désamianté et dépollué. En 2016, il est mis en vente, et suscita plusieurs projets de reconversion :
Trois-mâts scientifique : un marin du Belem, Charles Raffin-Caboisse, envisage de transformer le navire en grand voilier de recherche et de formation, doté de laboratoires. Le projet, estimé à plusieurs millions d’euros, ne verra finalement pas le jour.
Maison flottante : en 2018, l’armateur franco-ukrainien Christophe Trouvé rachète le navire avec l’idée de l’utiliser sur le Danube comme embarcation ou habitation flottante.
Finalement, nous en apprenons plus à travers un témoignage dans la presse (ouest france de novembre 2019) de Jean-Claude Gourmaud, nazairien et ancien patron de remorqueur qui a fait escale au Portugal lors d’un convoyage :
« Nous avions franchi le détroit de Gibraltar à bord du voilier que je venais d’acheter dans l’archipel des Ébihens. Le vent fraîchissait et nous cherchions un port pour nous abriter. C’est pour cela que nous avons fait escale à Vila Real de Santo António, poursuit le skippeur, qui était accompagné pour ce convoyage par deux coéquipiers. Ce petit port de pêche est situé sur la rive portugaise du fleuve Guadiana, faisant frontière avec le sud de l’Espagne… »
En débarquant, le 15 juin 2019, les trois hommes tombent des nues : « Le Charles Babin était là, avec sa silhouette particulière et imposante, explique Jean-Claude Gourmaud. Un navire que j’ai croisé régulièrement dans le port de Saint-Nazaire durant vingt ans ! Le navire était à l’abandon, recouvert de verdure, sans personne à bord. Accouplé à une vedette grise, plus petite, sans doute son remorqueur. Nous apprenons alors que le navire aurait subi une avarie durant son convoyage.»
En réponse à leurs questions, ils apprennent que « le Charles Babin, remorqué par le Phénix, a accosté à Vila Real le 20 octobre 2018 », confirme le capitaine du port, José Antonio Dias Cavaco. Les deux navires n’ont pas bougé depuis leur arrivée. Le capitaine du port assure « que l’ancien baliseur appartient toujours à Christophe Trouvé et qu’actuellement des procédures sont en cours et qu’il n’en sait pas plus ».
Situation actuelle
Après son départ de Saint-Nazaire en août 2018 et son arrivée au Portugal en octobre de la même année, le Charles Babin reste stationné dans la région.
Début 2025, des clichés publiés sur marinetraffic.com confirment l’évidence : sa coque rouille, ses superstructures s’effacent sous la végétation. Son avenir n’est guère réjouissant mais il demeure un témoin remarquable de l’histoire du balisage maritime français au XXe siècle et des navires construits dans les anciens chantiers breton de Nantes
