La Loire-Atlantique, bretonne un jour, bretonne toujours

Breizh pour toujours
Quand on observe une carte de la France aujourd’hui, on y voit une étrange dissonance. La Loire-Atlantique, avec Nantes pour capitale, est rangée dans la région des Pays de la Loire. Pourtant, dans les livres d’histoire, dans la culture populaire, dans les pierres de ses villes et les mémoires de ses habitants, ce territoire appartient clairement à la Bretagne. Pourquoi cette séparation ? Et surtout, comment a-t-elle pu avoir lieu quand plus de mille ans d’histoire crient le contraire ?
Tout commence dans l’Antiquité, bien avant que le mot “Bretagne” ne désigne la pointe ouest de la France. À cette époque, le territoire qui deviendra la Loire-Atlantique est occupé par un peuple celte : Les Vénètes . Leur capitale, Condevicnum, deviendra Nantes. À l’époque romaine, la ville est prospère, tournée vers le commerce fluvial et l’estuaire de la Loire. Mais avec la chute de Rome, la région entre dans une nouvelle ère : celle de l’Armorique, bientôt appelée Bretagne

Au fil des siècles, des peuples venus d’au-delà la Manche, les Bretons, s’installent en Armorique et fondent progressivement un royaume, puis un duché. En 851, un moment décisif a lieu : le traité d’Angers rattache définitivement le pays nantais à la Bretagne. Nantes devient alors un pilier du pouvoir breton. Pendant tout le Moyen Âge, la ville est l’une des capitales du duché, avec Rennes ou Vannes selon les périodes. C’est à Nantes que s’installent les ducs, que se tient leur cour, que s’élèvent les remparts et le célèbre château des ducs de Bretagne. Nantes est bretonne, de cœur, de culture, de pouvoir.
Même lorsque la Bretagne est unie à la France en 1532, Nantes reste profondément liée à la province bretonne. Elle est l’un de ses grands centres économiques, culturels et religieux. Jusqu’à la Révolution, la Bretagne forme une entité à part, avec ses propres institutions, son Parlement, ses coutumes. La Révolution française abolit les provinces pour créer les départements. C’est à ce moment que la Loire-Inférieure est née, nommée ainsi parce qu’elle se situe en aval de la Loire. Mais le lien avec la Bretagne n’est pas rompu. Bien au contraire. La Loire-Inférieure reste l’un des cinq départements bretons, aux côtés de l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord.
Tout au long du XIXe siècle, Nantes continue de jouer un rôle central en Bretagne. On y parle le gallo dans les campagnes, le breton est encore pratiqué dans l’ouest du département. Les traditions, les danses, les costumes, les légendes, tout ce qui fait l’âme bretonne imprègne profondément la Loire-Inférieure
Mais au XXe siècle, quelque chose change. Dans les années 1950, l’État français entame une réorganisation du territoire en créant des régions dites “de programme”. C’est alors qu’une décision politique, technocratique et largement contestée va briser l’unité bretonne. On décide de retirer la Loire-Inférieure, devenue entre-temps Loire-Atlantique, de la Bretagne pour l’intégrer dans une nouvelle entité appelée Pays de la Loire. Officiellement, l’objectif est de donner à Nantes un rôle central dans une nouvelle région, sans entrer en conflit avec Rennes, capitale administrative de la Bretagne. Officieusement, c’est un choix guidé par des logiques de développement économique et de centralisme.

Breizh pour toujours
Ce détachement administratif a laissé des traces profondes. Jusqu’à aujourd’hui, il est contesté. De nombreuses associations, citoyens et élus réclament le retour de la Loire-Atlantique dans la région Bretagne. Des sondages montrent régulièrement qu’une majorité d’habitants du département souhaite cette réunification. Des pétitions, des manifestations, des actions culturelles rappellent sans cesse que le lien n’est pas mort.
Et ce lien, on le voit partout. Dans les noms de lieux, dans les fêtes traditionnelles, dans les écoles Diwan qui enseignent le breton, dans les drapeaux gwenn-ha-du qui flottent sur les balcons. Même la fête de la Bretagne y est célébrée chaque année. Sur le plan historique, culturel, linguistique, patrimonial, la Loire-Atlantique est bretonne. Elle l’a toujours été. Elle le reste, malgré les cartes administratives.
Alors oui, aujourd’hui, Nantes est la capitale des Pays de la Loire. Mais dans les cœurs, dans les livres, dans les pierres, elle reste la capitale d’une Bretagne amputée. L’histoire n’a pas dit son dernier mot
Breizh an amzer da viken
